La presse est-elle vraiment libre ? C’est la question que l’on a droit de se poser. En effet l’essentiel des groupes de médias sont dirigés par un petit nombre de grands patrons ou de groupes industriels en bonne relation avec les personnalités politiques. La liberté de la presse est-elle vraiment d’actualité ou le monde politique influence t-il trop les médias ?

« D’évidence en France, la situation se dégrade » 

« D’évidence en France, la situation se dégrade », explique Elsa Vidal, responsable du bureau Europe des Reporters sans Frontières, dans une interview du site AgoraVox, le média citoyen. En effet, la France est 35ème dans le classement mondial de la liberté de la presse à la même place que la Bulgarie ou le Mali. « La presse en France ne doit pas déranger. Et une liberté qui ne dérange pas, n’en est pas une » continue Elsa Vidal. De plus, 71 % des français pensent que les journalistes ne sont pas indépendants et ont tendance à céder face aux pressions du pouvoir politique, d’après le sondage Ipsos pour Le Monde réalisé du 8 au 14 janvier 2014.

D’après un sondage du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Science Po) les partis politiques remettent également en cause l’indépendance des journalistes en particulier au Front National où 87 % des sympathisants pensent que les journalistes ne sont pas indépendants. A l’UMP la critique est également très vive (87%) bien plus qu’à gauche (61%) mais dans tous les partis, l’opinion générale que les journalistes cèderaient aux pressions politiques est majeure.

La liberté de la presse est également remise en cause par le fait que de nombreux médias (télévision, radio, journaux,…) appartiennent à l’Etat ou à de grands patrons proches des personnalités politiques, voire même à certains groupes spécialisés dans l’aéronautique et l’armement. France télévision appartenant à l’Etat et dont le président du groupe est nommé par le président de la République, des chaînes de télévision telles que Gulli ou Virgin 17 appartenant aux groupes Lagardère ou Bolloré (tous deux proches de certains partis politiques), les médias audiovisuels sont-ils vraiment neutres ? Et que dire de la presse papier qui appartient à ces mêmes dirigeants, ou à d’anciens acteurs de la vie politique, à de grandes fortunes en bonnes relations avec le gouvernement.

Seule la presse web, exit la plupart des journaux écrits possédant un site, semble garder un certain état de neutralité et expriment librement leurs idées à l’instar de Rue89 ou Mediapart (dont le dirigeant est plutôt opposant au président de la République)  qui osent exposer leurs avis sans contraintes, quitte à s’attirer de nombreuses critiques et attaques virulentes de la part des politiques. De façon générale, la presse web spécifique n’ayant pas besoin de groupe financier important derrière elle est plus libre et moins influençable que la presse papier, audiovisuelle ou même radio même si elle subit les attaques  en contrepartie.

« La vraie contrainte n’est pas la politique mais les lecteurs »

 Du côté des journalistes eux-mêmes, l’avis est plutôt différent : « C’est un gros fantasme, les gens sont convaincus de cela » explique M. Feltin, journaliste de L’Express lorsque l’on lui demande si les journalistes sont vraiment influencés par les politiques. «  Un journaliste est quelqu’un de fondamentalement indépendant » continue t-il, « Même entre nous, on n’est pas d’accord, alors… ». Lorsque la question de la contrainte politique, la réponse ne se fait pas attendre : « La vraie contrainte n’est pas la politique, mais les lecteurs ; c’est difficile pour un lecteur d’acheter un journal qui dit le contraire de ses convictions ». «  Les journaux politiques ne répondent pas à des consignes politiques, ils ont seulement un positionnement » conclut il.

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